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Documentation et interprétation
Jungfruleken (Les
Bonnes) de Jean Genet au Théâtre Royal Dramatique de
Stockholm en 1948
Sven Ake Heed (Uppsala)
Documentation et Art de
l'Acteur
Records and Images of the Art of the Performer
18ème Congrès
International, Stockholm 3-7 septembre 1990 / 18th
International Congress, Stockholm 3-7 September 1990
Editor: Barbro Stribolt (Drottningholms Teatermuseum).
Stockholm : 1992, p. 123-129
La
production des Bonnes de Jean Genet, présentée 4
Stockholm en 1948, est intéressante dans la mesure ou
c'est la première fois qu'une pièce de Genet fut
donnée en dehors de la France et en traduction. La
création de la pièce eut lieu à Paris en avril 1947
dans une mise en scène de Louis Jouvet au Théâtre de
l'Athénée et, au cours de la saison 1947-48, elle fut
jouée en français à Londres. Le 17 septembre 1948,
date de la première à Stockholm, est donc une date
importante dans l'histoire de la pièce et dans celle du
théâtre de Genet. Ainsi, cette étude fait partie d'une
recherche plus vaste qui porte sur la réception en
Suède du théâtre de Jean Genet.
La pièce fut présentée dans le cadre d'une formule
nouvelle qui consistait à donner, en matinée à 16h 30
dans la petite salle du théâtre, des pièces d'un
répertoire marginal ou d'avant-garde, projet conçu par
le nouveau directeur du théâtre, le professeur Ragnar
Josephson, et inauguré justement avec Les Bonnes.
Les critiques insistent d'ailleurs beaucoup dans leurs
comptes-rendus sur l'atmosphère particulièrement parisienne
d'une représentation à laquelle on rentrait directement
de la rue tout en gardant avec soi son manteau, comme
à Paris, et où on vous donnait gratuitement le
programme du spectacle. La formule du théâtre
apéritif était née.
Plus tard dans la saison furent présentés, dans ce
même cadre des matinées de la petite salle, La p...
respectueuse de Jean-Paul Sartre et, à l'occasion du
centenaire de la naissance de Strindberg, sa pièce en un
acte, Jouer avec le feu. Cette dernière pièce
fut donnée 34 fois, la pièce de Sartre 35 fois, tandis
que Les Bonnes furent jouées 48 fois dans la
saison.
La mise en scène des Bonnes fut le début comme
metteur en scène de Mimi Pollak, comédienne au
théâtre et professeur au conservatoire. Mme Pollak
jouait elle-même le rôle de Madame avec deux de ses
élèves, Anita Björk et Maj-Britt Nilsson, dans les
rôles de Claire et de Solange respectivement. Ces deux
jeunes comédiennes sortaient tout juste du
conservatoire, et Les Bonnes marquent aussi le
début de leurs carrières.
Le Théâtre Royal Dramatique de Stockholm, fondé au
XVIIIe siècle par le roi de Suède, Gustaf III, a le
statut de théâtre national. C'est un théâtre
subventionné qui a aussi depuis toujours un certain
devoir d'utilité publique de conserver dans ses
archives toute la documentation concernant les
productions du théâtre. Dans le cas des Bonnes,
on se trouve donc, en tant que théâtrologue, dans la
situation rêvée du chercheur.
Les documents les plus importants, peut-être, lorsqu'il
s'agit de faire une reconstitution du spectacle, ce sont
trois cahiers contenant le texte de la pièce, les
exemplaires de la mise en scène, de la régie et celui
de la souffleuse. Ces trois cahiers permettent de voir,
par exemple, que la pièce était jouée ici dans la
version originale, celle qui fut publiée par Marc
Barbezat dans L'Arbalète en 1947, et non pas celle des
éditions courantes de la pièces qui est conforme è la
version adaptée pour le théâtre de Louis Jouvet.
Mais ces cahiers contiennent surtout toutes les notes de
la mise en scène, les coupures effectuées dans le
texte, des esquisses montrant les mouvements et les
déplacements des comédiennes sur la scène, des
croquis, parfois très détaillés, indiquant la
gestuelle, ainsi que des notes concernant la régie du
spectacle: éclairages, effets de lumière, effets
sonores, etc. C'est là qu'on peut voir qu'une boîte à
musique semble avoir joué un certain rôle dans le
spectacle et que, lorsqu'on ouvrait la double-fenêtre de
la scénographie, par exemple, le bruit d'un ventilateur
figurait le vent qui soufflait.
Il existe, en tout et pour tout, douze photos qui sont
toutes, conformément à la pratique de l'époque, des
photos de poses et non pas des photos prises au cours du
jeu. Il y a aussi ce qui est très utile et ce qui se
faisait à l'époque pour toutes les productions de ce
théâtre, mais ce qui ne se fait plus, une photo du
plateau en plan général avec le décor unique. En
revanche, il n'existe aucun document audiovisuel du
spectacle.
On a aussi conservé, bien entendu, le programme du
spectacle et, réunis dans les grands recueils de
coupures de presse du théâtre, toutes les critiques et
tous les articles contemporains concernant le spectacle.
Comme chacun sait, l'utilisation de la photo comme
documentation d'un spectacle fait problème. Certes, dans
chaque photo il y a une valeur de témoignage mais, du
point de vue théorique, le problème se pose dès qu'on
veut en tirer des conclusions sur le déroulement du
spectacle, son rythme et, par là même, le jeu des
acteurs.
Comme l'a défini déjà Roland Barthes, une photo peut
être interprétée dans des termes de dénotation et de
connotation. Pour le théâtrologue, la valeur
dénotative de la photo est indéniable. La photo nous
apporte des informations utiles sur le décor, les
costumes, la coiffure et le maquillage des comédiens.
Lorsqu'il s'agit de photos prises au cours de la
représentation, celles-ci nous renseignent aussi sur les
éclairages. Malgré son caractère bi-dimensionnel, la
photo témoigne surtout de l'espace de la
représentation.
En revanche, la photo, contrairement à un film ou à un
enregistrement vidéo, ne nous dit rien sur le temps du
spectacle, ni sur son rythme, ni sur son tempo. Il est
vrai que, à condition d'avoir accès à un nombre
important de photos d'un spectacle, on peut arriver à
une sorte de reconstitution, en alignant une série de
photos, les unes après les autres, de façon à ce
qu'elles forment une chaîne de documents comparable à
un film.
Plus problématique est le côté connotatif de la photo.
La photo étant un artefact de valeur secondaire par
rapport au spectacle lui-même, par le simple fait
qu'elle représente l'interprétation du spectacle par un
photographe, elle ne nous confère le sens du spectacle
que, pour ainsi dire, au deuxième degré.
Il ne faut pas, cependant, minimiser l'importance de la
valeur documentative de la photo. Lorsqu'on a à faire la
reconstitution d'un spectacle qui a eu lieu dans le
passé, comme c'est le cas des Bonnes à
Stockholm, la photo est souvent la seule documentation
visuelle disponible.
Jusqu'à une certaine limite, on arrive malgré tout à
en tirer un certain nombre de renseignements qui,
ajoutés à d'autres renseignements, tirés, par exemple,
du cahier de mise en scène ou des critiques du
spectacle, nous permettent tout de même, pour ainsi dire
en superposant les différents documents disponibles, de
reconstituer certaines parties au moins du spectacle, des
moments décisifs ou des moments de tension extrême, qui
formeraient ainsi des flashes ou, comme les appelle
Patrice Pavis, des nuds du spectacle.
Le plan général du plateau nous permet d'étudier la
scénographie du spectacle, qui est d'une fidélité
étonnante aux indications scéniques qui figurent dans
le texte de Genet. Dans notre cas, il serait peut-être
plus approprié de parler de décor, puisqu'il s'agit
d'un décor plus que d'une scénographie, dans la mesure
où l'élément décoratif y est très prononcé.

Le décor fonctionne ici comme une vitrine, un étalage
de la richesse du milieu cossu de Madame. Les différents
éléments. les meubles, sont alignés les uns à côté
des autres sur toute la largeur de la scène. La
profondeur, d'ailleurs très restreinte de la scène de
cette ancienne salle de cinéma, ne semble pas avoir
été exploitée. Les différentes aires de jeu sont
ainsi disposées, on dirait presque à la manière de la
scène simultanée du Moyen Age, ce qui n'est pas sans
intérêt par rapport au sens de la pièce avec ses
nombreuses connotations religieuses.
On voit ainsi, à partir du côté jardin, d'abord un
grand lit à baldaquin bordé de fanfreluches et avec une
literie plutôt féminine. Ensuite, vers le milieu de la
scène, un petit guéridon à côté d'un canapé
recouvert de satin. Côté cour, une table de toilette
avec un tabouret, le tout en faux Louis XV. Derrière la
table de toilette, un paravent au cadre doré, qui cache
une grande glace et une penderie remplie de vêtements
féminins.
Au plafond, un grand lustre éclaire l'appartement de
Madame, auquel s'ajoutent des appliques accrochées aux
murs. Au fond de la scène, il y a une double-fenêtre
avec des doubles-rideaux et, à côté, la porte
d'entrée avec, au dessus de la porte, un ornement doré.
Par terre, sous le canapé au milieu de la scène, un
grand tapis d'orient et au fond, devant la porte
d'entrée, un plateau légèrement surélevé par rapport
au niveau zéro de la scène.
Partout, et toujours conformément aux indications
scéniques de Genet, de grandes gerbes de fleurs et de
petits bouquets rehaussent l'impression d'un luxe
éblouissant et tape-à-l'il que dégage cet
intérieur qui dénote une certaine richesse, il est
vrai, mais sans goût et sans style véritable.
Les costumes tels qu'on arrive à les lire dans les
photos du spectacle sont intéressants, dans la mesure
où ils nous donnent des clés pour l'interprétation des
personnages. Les bonnes, Claire et Solange, portent des
blouses identiques en satin noir, avec des bas noirs et
des chaussons noirs sans talon.
Le fait que les deux costumes sont absolument identiques
donne l'impression qu'il s'agit vraiment de deux
surs, peut-être même de surs jumelles. La
blouse noire est un costume de passage, un costume
intermédiaire, qui permet facilement des changements
rapides de costumes, ce dont les deux comédiennes feront
un usage fréquent au cours de la pièce. En outre, il y
a un élément rituel dans ce genre de costume noir,
voire même liturgique.
Ainsi, on peut dire que le costume des Bonnes souligne le
côté théâtral de la pièce, avec ses déguisements et
ses changements d'identité fréquents. C'est un costume
de jeu, qui favorise le jeu dans le jeu, le théâtre
dans le théâtre, bref, qui met en relief le côté
ludique de la pièce.
Tout ce qui est jeu semble d'ailleurs avoir été
très prononcé dans cette mise en scène. On le voit
d'abord dans les changements apportés au texte de la
traduction suédoise. Ainsi, le titre de la pièce, Les
Bonnes (trad. suéd. Jungfruma) a été
changé au cours des répétitions pour Jungfruleken
(Le Jeu des Bonnes). En outre, le mot suédois pour jeu
(suéd. lek) figure chaque fois qu'il peut
remplacer un mot comme comédie, cérémonie,
confusion, etc.
Dans le discours de la critique, on trouve aussi de
nombreuses références à la représentation des Bonnes
comme un jeu: jeu pervers (Ebbe Linde), jeu
exalté (Ivar Harrie), jeu dans le jeu (A.
Gunnar Bergman), ou bien elle jouait à jouer à jouer
(P.G. Peterson).
Le costume que porte Madame pendant sa brève apparition,
la définit d'une manière peu ambiguë de cocotte
vieillissante. Elle porte, en effet, une robe longue,
moulante, en satin noir, bordée de dentelle autour du
cou, un costume peu convenable, il faut dire, comme habit
de deuil. Sur la tête, elle porte une espèce de coiffe
extravagante en crêpe noire, décorée de roses en
tissu. Elle est couverte de bijoux, des boudes d'oreille,
un large bracelet, une montre en or et, sur la poitrine,
un grand bijou en strass. Elle est très maquillée, avec
une mouche en bas de la joue droite.
Les vêtements de Madame que revêtent les bonnes pour se
travestir au cours de la pièce sont dans le même style,
dénotant une hyperféminité outrageuse.
L'interprétation des personnages, telle qu'elle se
reflète dans les critiques, confirme l'impression que
donnent les photos. Le premier exemple de notre étude
est tiré de la scène ou Claire accuse Solange d'avoir
voulu tuer Madame.
Les coupures importantes effectuées dans le texte de
cette scène ont été respectées dans les passages
cités ci-dessous. Les notes du cahier de mise en scène
sont écrites entre crochets. La séquence commence par
la réplique de Claire:
CLAIRE
Tourne ta tête. Ah! si tu voyais, Solange. Le soleil de
la forêt vierge illumine encore ton profil. Tu prépares
l'évasion de ton amant. (Elle rit nerveusement.)
Mais rassure-toi, je te hais pour d'autres raisons. Tu
les connais. Tu crois que je ne t'ai pas découverte? Tu
as essayé de la tuer. Ne nie pas. Je t'ai vue. (Un
long silence.) Et j'ai eu peur. Peur, Solange. Quand
nous accomplissons la cérémonie, je protège mon cou.
C'est moi que tu vises à travers Madame, c'est moi qui
suis en danger.
Un long silence. Solange hausse les épaules.
SOLANGE, décidée.
Oui, j'ai essayé. J'ai voulu te délivrer. Je n'en
pouvais plus. J'étouffais de te voir étouffer, rougir,
verdir, pourrir dans l'aigre et le doux de cette femme.
Tu as raison reproche-le-moi. Je t'aimais trop. Tu aurais
été la première à me dénoncer si je l'avais tuée.
C'est par toi que j'aurais été livrée à la police.
CLAIRE, elle la prend aux poignets.
Solange...
SOLANGE, se dégageant.
II s'agit de moi.
CLAIRE
Solange, ma petite sur. J'ai tort.
SOIANGE
Je n'ai tué personne. J'ai été lâche, tu comprends.
J'ai fait mon possible, mais elle s'est retournée en
dormant. Elle respirait doucement. Elle gonflait les
draps: c'était Madame.
CLARE, [se bouche les oreilles].
Tais-toi.
SOLANGE
Pas encore. Tu as voulu savoir. Attends, je vais t'en
raconter d'autres. [Elle va vers Claire, lui arrache
les mains des oreilles.] Tu connaîtras comme elle
est faite ta sur. De quoi elle est faite. Ce qui
compose une bonne: j'ai voulu l'étrangler...
CLAIRE, [se dégage, se jette sur le canapé].
Pense au ciel. Pense au ciel. Pense à ce qu'il y a
après.
SOLANGE. [calmement]. Que dalle!
Telle que la scène est construite déjà dans le texte
de Genet, c'est une scène qui va vers une sorte de point
culminant. Solange avoue ce désir qu'elle a eu
d'étrangler Madame, un désir de caractère presque
érotique, par l'allusion, par exemple, à la respiration
de Madame.
Cependant, à ce discours érotisé se mêle aussi le
discours religieux, lorsque Claire dit à Solange de
penser au ciel et à ce qui vient après, c'est-à-dire
à la damnation qu'un tel crime entraînerait forcément.
La réplique de Solange "Que dalle!",
prononcée selon le cahier de mise en scène
"calmement", constitue une première accalmie,
avant que Solange continue le discours religieux et
commence à bâtir une nouvelle séquence qui finit
lorsque Claire se lève "à reculons", n'en
pouvant plus d'avoir écouté le débit frénétique de
sa sur.
Elle étouffe et va pour ouvrir la fenêtre. L'intensité
de la scène est soulignée par un jeu très physique.
Ainsi, le jeu esquissé par Genet dans l'indication
scénique "elle la prend au poignet" est ici
développé, lorsque Claire se bouche les oreilles, et
que Solange lui arrache les mains des oreilles pour
qu'elle continue d'écouter ce qu'elle a à lui dire.
Mais Claire se dégage et se jette sur le canapé, et la
réplique de Solange vient comme un apaisement.

L'exemple
suivant est tiré de la scène ou. pour la première
fois, les bonnes parient du gardénal et ou elles
décident d'empoisonner Madame, en même temps qu'elles
se disent à quel point elles se détestent. Par les
coupures dans le texte à cet endroit, qui concernent
surtout les répliques de Solange, la décision,
l'initiative, devient celle de Claire. Cependant, il
plane un doute sur les vraies intentions de Claire.
Est-ce Madame qu'elle veut empoisonner, ou peut-être sa
sur?
SOLANGE
Le gardénal. [Elle se relève.]
[Elles sont assises toutes les deux dos à dos.]
CLAIRE
Oui. Parlons paisiblement. Je suis forte. Je suis Claire.
Et prête. J'en ai assez. Assez d'être l'araignée, le
fourreau de parapluie, la religieuse sordide et sans
Dieu, sans famille! J'en ai assez d'avoir un fourneau
comme autel. Je suis la pimbêche, la putride. A tes yeux
aussi.
SOLANGE
Moi aussi je n'en peux plus. Je n'en peux plus de notre
ressemblance, je n'en peux plus de mes mains, de mes bas
noirs, de mes cheveux.
CLAIRE
Eh bien! Je suis prête. J'aurai ma couronne. Je pourrai
me promener dans les appartements. Ce soir, Madame
assistera à notre confusion. En riant aux éclats, en
riant parmi ses pleurs, avec ses soupirs épais! Non.
J'aurai ma couronne, je serai cette empoisonneuse que tu
n'as pas su être. A mon tour de te dominer.
SOLANGE
Mais, Jamais...
CLAIRE, énumérant méchamment, et imitant Madame.
Passe-moi la serviette! Passe-moi les épingles à linge!
Epluche les oignons! Gratte les carottes! lave les
carreaux! Fini. C'est fini. Ah! J'oubliais! ferme le
robinet! C'est fini. Je disposerai du monde.
Au début de cette séquence, les filles s'assoient sur
le canapé, dos contre dos, le profil vers le public.
Cette positon fait ressortir la ressemblance entre les
surs, déjà très prononcée dans les costumes
identiques. En même temps, paradoxalement, cette
position renforce leur indépendance. Claire est capable
de prendre seule sa décision. Cette scène annonce
évidemment la scène finale, dont elle fait ressortir
davantage l'ironie dans le renversement des rôles,
puisque Claire finira par boire, elle, le tilleul de
Madame.
Cette séquence était suivie, dans la représentation de
1948, par un passage qui ne figure pas dans les éditions
courantes de la pièce. C'est le passage où Claire
raconte l'histoire des trois empoisonneuses: Sur
Sainte-Croix du Val-Béni, la princesse Albanárez et la
marquise Venosa. La scène est pourvue dans le cahier de
mise en scène de plusieurs notes et de croquis indiquant
le jeu de scène qui l'accompagnait et on comprend que
c'était une scène importante à la représentation.

A ce moment
les deux filles se lèvent, s'enlacent, passent "la
tête dans les cheveux" au point de se confondre et
de n'en faire qu'un. Par ce jeu érotisé, le contenu de
la réplique, qui raconte trois histoires atroces
d'empoisonnement, prend aussi des accents érotiques. La
mort et l'érotisme se mélangent, ce qui n'est pas pour
défigurer le sens de la pièce, bien au contraire.
Encore une fois, la scène annonce la fin de la pièce,
lorsque le jeu pervers des bonnes va jusqu'à la mort.
Cette dernière photo montre la gestuelle qui accompagne
la réplique de Solange:
SOLANGE
Je suis au niveau. En place pour le bal. [Elle arrache
une cravache accrochée au-dessus de la grande glace.]
CLAIRE
Qu'est-ce que tu fais?
SOLANGE, solennelle.
J'en interromps le cours. A genoux!
CLAIRE
Tu vas trop loin!
SOLANGE
A genoux! puisque je sais à quoi je suis destinée. Mon
désespoir me fait indomptable. Je suis capable de tout.
Ah! nous étions maudites!
Cette scène souligne encore le jeu cruel, pour ne pas
dire sadique, des deux filles. Les critiques ne se sont
pas trompés quant au sens de la séquence, puisqu'ils
parlent de la dureté de Solange et de la terreur soumise
de Claire dans cette scène ou les filles "se
fouettent et se font souffrir avec une excitation
érotique sauvage" (Nils Beyer), du jeu qui
"devient torture brutale goûtée avec délice"
(Agne Beijer), et de "l'essence même du véritable
sado-masochisme" (Ebbe Linde).

Ainsi, on
arrive, en superposant les différents documents, à
reconstituer des passages non négligeables de la
représentation. Avec un document sonore ou audio-visuel
en plus le résultat aurait été tout à fait
satisfaisant. Cela aurait été intéressant, étant
donné les nombreuses références dans les critiques au
rythme de la représentation.
On insiste beaucoup sur le fait qu'on avait réussi à
créer un rythme parfait dans les répliques et dans la
façon de dire le texte, ce qui semble indiquer un
travail considérable sur la diction, par exemple. Ils
parlent aussi du jeu stylisé, non-réaliste, qui donnait
une distance nécessaire au sujet de la pièce qui, sans
ce style de jeu, selon certains critiques, aurait été
insupportable de cruauté et de perversité.
Photo: Studio Järlås. Theâtre
Royal Dramatique, Stockholm
18th Congress
SIBMAS Home Page
URL:
http://www.theatrelibrary.org/sibmas/congresses/sibmas90/sto_29.html
Information about
this site: Claire Hudson, Secretary General
Last modified:
November 21, 2000
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