Ecrire pour le spectacle
Evolution des modalités de l'écriture, de la notion de
manuscrit et de la diffusion du texte. Situation en France au début des années 1990
Marie Claude Billard (Maison Jean
Vilar, Avignon)
Documentation des Arts du Spectacle
dans une Société en Mutation / Documentation of Performing Arts in a Changing Society
Société Internationale des
Bibliothèques et des Musées des Arts du Spectacle / International Association of
Libraries and Museums of the Performing Arts
19ème Congrès International, Lisbonne 7-11 septembre 1991 / 19th International Congress,
Lisbon 7-11 September 1992
Ed.: José Carlos Alvarez. Lisboa : 1994, p. 71-75
A l'heure de l'ordinateur et du
traitement de texte, l'image traditionnelle de l'auteur assis devant sa feuille blanche,
un stylo à la main, ainsi que l'image du manuscrit illisible et surchargé de ratures
sont définitivement révolues. Le temps est venu d'un produit propre, directement
utilisable: "manuscrit" multigraphié ou mieux: disquette informatique.
L'auteur de théâtre aujourd'hui est rarement éloigné de la scène ou s'il l'est il
doit chercher à s'en rapprocher pour être joué et diffuser son texte auprès des
professionnels du théâtre.
Cette démarche est moins simple qu'il n'y parait car l'édition en France vient au
secours de l'auteur lorsque celui-ci à trouvé un metteur en scène: l'édition
accompagne le spectacle et ne le précède que rarement. A l'inverse, les compagnies à la
recherche d'un répertoire contemporain ont parfois du mal à "s'alimenter" en
nouveaux textes.
Il arrive souvent ainsi que des acteurs, universitaires, dramaturges proches d'une
compagnie sautent le pas de l'écriture et fournissent aux comédiens les textes dont ils
ont besoin.
Il se produit aussi des rencontres entre auteurs et metteurs en scène, rencontres
privilégiées comme celle de Jean Giraudoux avec Louis Jouvet et celles plus récentes de
Bernard-Marie Koltès avec Patrice Chéreau ou Jean-Christophe Bailly avec Georges
Lavaudant. Dans ce cas le problème de la circulation du texte ne se pose pas mais cela
reste exceptionnel.
Cependant les conditions générales de l'écriture évoluent. Des aides diverses: bourses
d'écriture, aide à la création, accueil en résidence impliquent l'auteur dans un
réseau qui l'aidera à se faire connaître et à trouver des producteurs.
Le Centre National des Lettres (C.N.L.), la Fondation Beaumarchais attachée à la
Société des Auteurs Compositeurs Dramatiques (S.A.C.D.), la Commission d'aide à la
création du Ministère de la Culture attribuent ainsi des subventions à l'écriture.
Certains organismes font davantage et proposent des solutions originales destinées à
promouvoir le répertoire contemporain. Trois d'entre eux sont particulièrement
intéressants à cet égard.
"Théâtre ouvert" animé par Lucien Attoun sélectionne de nouveaux textes et
les diffuse gratuitement auprès des professionnels, bibliothèques et tous ceux qui en
font la demande: ce sont les tapuscrits de Théâtre ouvert. Des mises en espace, c'est à
dire une ébauche de mise en scène faisant appel à des comédiens, dirigée par un
metteur en scène sont également proposées. L'expérience débutée au Festival
d'Avignon à partir de 1971 a rencontré un grand succès auprès du public.
"Théâtrales" est une association plus récente. Elle a constitué un comité
de lecture chargé de sélectionner de nouveaux textes dramatiques et contrôle leur
diffusion sous forme de copies dactylographiées appelées manuscrits car elles n'ont pas
de copyright. Théâtrales édite également certains titres et organise de nombreuses
lectures publiques des textes sélectionnés.
Le Centre national des écritures dramatiques de la Chartreuse de Villeneuve à coté
d'Avignon accueille des auteurs en résidence dans les cellules restaurées des pères
chartreux et organise des ateliers d'écriture pour la radio, scénario de films et livret
d'opéra ainsi que des résidences thématiques: Entre octobre et décembre 1991, 6
auteurs ont ainsi été invités à écrire une comédie et à réfléchir par la même
occasion sur la notion de comique. Les textes écrits ont été lus par les auteurs en
lecture publique et mis en espace par des comédiens au cours du dernier Festival
d'Avignon. Ils ont été édités dans une collection lancée par la Chartreuse et
intitulée "Première impression". Le résultat de la réflexion engagée sur le
thème de la comé
die est paru dans la revue annuelle de la Chartreuse: Prospero.
La radio est une autre moyen de diffusion du texte de théâtre: France Culture diffuse
régulièrement de nouvelles pièces radiophoniques et organise au Festival d'Avignon des
enregistrements publics de théâtre inédit.
Les manuscrits de ces textes sont déposés au Département des Arts du Spectacle de la
Bibliothèque Nationale.
Les lectures de textes du répertoire contemporain ont tendance a se répandre dans les
lieux culturels français.
Moins coûteuses qu'un spectacle, elles permettent de faire connaître de nouveaux textes
dont on peut conserver l'enregistrement à défaut du texte écrit.
L'édition reste la véritable consécration pour le texte de théâtre car elle lui
assure une certaine pérennité. Les éditeurs français qui publient régulièrement du
théâtre sont peu nombreux: la collection "Papiers" chez Actes Sud reprend une
bonne partie des succès parisiens; "L'Arche" s'occupe essentiellement du
théâtre étranger et la collection "Le Manteau d'Arlequin" chez Gallimard
s'attache aux valeurs sûres. La revue "L'Avant-scène théâtre" suit depuis
longtemps l'actualité des spectacles. Avec un rythme de publication rapide (2 pièces par
mois) cette revue constitue un réservoir très important pour le répertoire contemporain
français et étranger.
Les théâtres eux-mêmes assurent parfois la publication des textes des spectacles qu'ils
créent et cette initiative est particulièrement intéressante lorsqu'il s'agit de textes
inédits. Ce sont des textes-programmes où quelques photos et analyses dramaturgiques
viennent compléter le texte lui-même. Ces publications accompagnent le spectacle, elles
s'épuisent assez rapidement et ne bénéficient pas vraiment du circuit de distribution
en librairie.
On peut dire aujourd'hui pour ce qui concerne les Arts du spectacle que le manuscrit
n'existe plus sous sa forme traditionnelle. De nouvelles formes sont apparues plus
adaptées à l'accroissement du nombre de compagnies et à la dispersion géographique qui
est le fruit de la politique de décentralisation menée depuis 1945.
Elles ne règlent pas cependant de façon globale le problème de la diffusion du texte
dramatique.
Dans ce domaine les éditeurs, pour des raisons économiques, ne font pas complètement
leur travail et certains auteurs, les débutants en particulier ont encore beaucoup de mal
à trouver des interlocuteurs qui les aident à se faire connaître ou tout au moins les
conseillent.
URL:
http://www.sibmas.org/congresses/sibmas92/lisb18.htm
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