International Association of Libraries and Museums of the Performing Arts

Société Internationale des Bibliothèques et des Musées des Arts du Spectacle


Le fonds Georges Pitoëff dans la base BN-opaline

Noëlle Guibert

Directeur du Département des Arts du Spectacle à la Bibliothèque nationale de France.


Winds of Change - New Technology

21st International Congress

Helsinki, 31 August - 6 September 1996


English version


La brève présentation de la base BN-Opaline, que nous proposons aujourd'hui, prend appui sur un exemple significatif, choisi dans les collections du Département des Arts du Spectacle, celui de la collection Georges Pitoëff.

Entrée à la Bibliothèque nationale à partir de 1959 et complétée par des dons de collaborateur ou de la famille, la collection Pitoëff est l'une des cent cinquante collections illustrant les divers arts du spectacle figurant au Département. Elle témoigne de la modernité du travail de Georges Pitoëff, qu'on a pu vérifier récemment lôrs d'une exposition présentée en juin dernier à Paris. Elle se compose de maquettes de décors réalisées par Pitoëff lui-même, de correspondances, et de photographies, ensemble qui est venu s'inscrire dans les fonds documentaires existant du Département des Arts du Spectacle à la Bibliothèque nationale, initialement réunis par le bibliophile Auguste Rondel, un mécène qui donna en 1920 à l'Etat français son exceptionnelle collection de plusieurs centaines de milliers de livres, études, pièces de théâtre, estampes, affiches; et toute une documentation sur les spectacles qui n'excluait ni le music-hall, ni le cinéma, ni les marionnettes.

Réunion sans égal associant dans leur complémentarités les oeuvres, les images et la réception publique au travers de la presse. Après la disparition de Rondel, les créateurs eux-mêmes, auteurs, metteurs en scène, décorateurs, ou leur entourage, s'appliquèrent à poursuivre cette entreprise en enrichissant la Bibliothèque nationale de leurs travaux par dons, acquisitions, ou selon les deux formules associées. Ainsi entrèrent les fonds Edward Gordon Craig, Jacques Copeau, initiateur de la rénovation Théâtrale en France et qui inspira ce mouvement "le Cartel des quatre", fondé conjointement par Charles Dullin, Louis Jouvet, Gaston Baty et par Georges Pitoêff dont on retrouve au travers des fonds acquis toute l'action et l'oeuvre, enrichissements poursuivis ces derniers mois par les collections Sacha Guitry ou Renaud-Barrault.

Les inventaires de ces fonds doivent progressivement entrer dans la base Non-Livre de la Bibliothèque nationale de France, baptisée base Opaline que Cécile Pocheau va vous présenter, qui procède de la base BN-Opale, traitant des livres imprimés, avec à terme une flision générale de l'une dans l'autre.

De son arrivée en France dans les années 1920 jusqu'à sa mort en 1939, Georges Pitoëff a monté 115 auteurs et 220 pièces. Il se consolait d'un échec (et il en eut quelques-uns), en songeant à la nouvelle oeuvre que cette occasion lui offrait de mettre en scène.

La démonstration porte sur trois spectacles : Hamlet de Shakespeare, Henry IV de Pirandello, et l'Echange de Paul Claudel qui ont marqué la carrière des Pitoëff au pluriel, car lorsque l'on parle de Georges, on ne peut dissocier le souvenir de Ludmilla, son épouse, interprète, inspiratrice.

Ces trois exemples sont significatifs de la diversité d'un répertoire largement orienté vers la création contemporaine, mais aussi de cette universalité du Théâtre qui reflète la personnalité des Pitoëff, russes d'origine, d'abord installés en Suisse, sillonnant les mers et le monde, mais qui réaliseront l'essentiel de leur carrière en France. Très intégrés dans le mouvement théâtral contemporain, leur parcours resta volontairement solitaire et artisanal.

Georges Pitoëff fut comme le héros de la pièce de Synge qu'il monta dès 1918 un baladin du monde occidental.

1.

Hamlet, l'une des premières grandes productions Shakespeariennes de Pitoëff après Mesure pour mesure, fut monté à Genève dans la salle communale de Plainpalais, le 1er décembre 1920, avant Macbeth, un échec qui l'amène à quitter Genève.

Nous conservons des notes manuscrites de la mise en scène de Hamlet. Pitoëff a choisi la traduction de Marcel Schwob et ne cessera d'affiner son interprétation jusqu'en 1929.

"Je ne saurais parler de Macbeth sans parler, en même temps, de Hamlet. Dans Shaskespeare, je n'aperçois pas, seulement la beauté de la forme, la perfection, cette certaine beauté essentielle, enfin, de la tragédie, mais j'admire surtout la beauté de la pensée et sa répercussion sur nous. Les idées s'enchaînent à l'infini, nous entraînant à leur suite; l'esprit qui approche Shakespeare s'enflamme, et, à son contact, se recrée sans cesse à nouveau.

Si dans Hamlet la pensée crée l'action, dans Macbeth, au contraire, l'action fait naître la pensée. Plus que cela, je distingue dans Macbeth ainsi que dans Hamlet trois éléments qui sont à la base même de ces deux tragédies. Ce sont : 1. l'élément divin, 2. la pensée, 3. l'action. Dans Hamlet, l'élément divin intervient dès le début : Hamlet rêveur de nature, penseur, de lui-même n'agirait point, la divinité sous la forme du spectre, lui intime un ordre auquel il est forcé d'obéir. Macbeth, au contraire, est au centre même de l'action, et c'est la divinité qui vient à lui et lui suggère de penser".

A Jacques Copeau, le 19 juillet1921.

2.

Henri IV de Pirandello, joué au Théâtre des Arts le 24 février 1925, appartient à la période pirandellienne de Georges Pitoëff entre les Six personnages en quête d'auteur, montés en 1923 et souvent repris et Comme ci, comme ça, monté en 1926, bien avant Ce soir on improvise, représenté en 1935.

Dans l'Information du 2 mars 1925, André Antoine s'en prend violemment à la mise en scène de Pitoëff:

"Le temps est peut-être de protester contre des mises en scène comme celle d'Henri IV qui, sous prétexte de simplification, de tout ce qu'on voudra, n'existent pas en réalité. Il est inimaginable que l'on puisse présenter au public parisien, qui a du goût, prêt à tout à accepter dès qu 'il croit apercevoir un effort, un spectacle aussi miteux, c 'est le mot."

Le décor qui suscitait ainsi l'indignation d'Antoine avait été préparé par deux esquisses rapides.

La fin de la mise en scène est célèbre. Pitoëff avait visualisé de façon saisissante la dissociation d'une conscience malade. Lorsque le fou, s'avouant sain d'esprit, faisait sa rentrée dans la vie en tuant son rival Belcredi, le portant oblique côté cour s'écroulait sur les personnages en scène. Si la majorité des critiques, qui s'attendaient à une reconstitution luxueuse d'une salle d'un palais impérial puisqu'Henri IV est riche) dénigrent, comme Antoine, un décor de "baraque foraine", ils se montrent beaucoup plus favorables que lui à l'interprétation de Pitoëff du rôle d'Henry IV.

Pitoëff, gardant à tous les moments de la pièce la même diction heurtée, prolongeait jusqu'au dernier moment l'incertitude du spectateur.

3.

Quant à l'Echange de Paul Claudel, la pièce, créée par Jacques Copeau au Vieux-Colombier le 23 janvier 1914, fut reprise par les Pitoëff à Genève en 1917 puis aux Mathurins en 1937.

Oeuvre de jeunesse de Paul Claudel, écrite à New York et à Boston en 1893-1894, l'Echange consacre l'une des interprétations les plus marquantes de Ludmilla Pitoëff, qui en donna de nombreuses représentations lors de ses tournées à l'étranger pendant la dernière guerre. La pièce marqua aussi le retour de Ludmilla Pitoëff en 1946 à la Comédie des Champs Elysées. C'est d'ailleurs l'interprétation fine et aboutie de Ludmilla Pitoëff qui inspira à Paul Claudel une deuxième version de la pièce, devenue une de ses oeuvres de maturité.

Ecrite dans les années 1950-51 à Brangues et à Paris, la deuxième version de l'Echange fut représentée par la Compagnie Renaud-Barrault au théâtre Marigny en 1951.

Madeleine Renaud reprenait le rôle de Marthe, immortalisée par Ludmilla Pitoëff.


The Georges Pitoëff Stock in the BN Opaline Database.

Noëlle Guibert

Director of the Performing Arts Department of the French National Library.

The brief presentation of the BN Opaline database that we will propose to you today rests upon a significant example, chosen in the collections of the Performing Arts Department, namely that of the Georges Pitoëff Collection.

Introduced into the French National Library from 1959 onwards and completed by donations from our collaborators or from his family, the Pitoëff Collection is one of the 150 collections illustrating the various performing arts represented in the department. This collection illustrates the modern character of George Pitoëff's work, a character that one could easily confirm at a recent exhibition presented last June in Paris. The collection is composed of decor models created by Pitoëff himself of correspondence and of photographs. This ensemble was added to the documentary stock of the Performing Arts Department of the French National Library, a department that was initially assembled by the book collector and lover, Auguste Rondel, a maecenas who in 1920 gave to the French state his exceptional collection of several hundred thousand books, studies, plays, prints and posters as well as an entire documentation on performances that excluded neither music-hall, nor cinema nor puppet shows.

This gathering without precedent associated in their complementarity: the works, the images and their transmission to the public by the press. After Rondel's death, creators, authors, producers, decorators, and their surroundings applied themselves to pursue this enterprise by enlarging the collections of the French National Library with their works through acquisitions and donations or through an association of both formulas. This is how the library acquired the Edward Gordon Craig and the Jacques Copeau collections. Jacques Copeau initiated a theatrical renewing in France and inspired the movement known as the "Cartel des quatre", jointly founded by Charles Dullin, Louis Jouvet, Gaston Baty and by George Pitoëff, in which fully transpires through the acquired stock, the scope of his works and the nature of his actions. These additions to the library stock were continued these last few months with the acquisition of the Sacha Guitry and Renaud-Barrault collections.

The inventories of these stocks must be entered progressively into the "non-book" type material database of the French National Library that was baptised Opaline. This is what Cecile Pocheau's presentation will consist of, initially proceeding from the BN Opale database dealing with printed books, through to finally obtaining a general merger of one database into the other.

From his arrival in France in the 1920's until his death in 1939, George Pitoëff staged 115 Authors and 220 plays. It was while recovering from one of his occasional failures, that he pondered over the new piece that this occasion enabled him to produce.

The demonstration covers three plays: Shakespeare's Hamlet, Pirandello's Henri IV, and Paul Claudel's l'Echange. These plays affected the careers of both Georges as well as Ludmilla Pitoëff, and this because if one speaks of Georges, one may not dissociate one's memory of his wife Ludmilla, his exponent and source of inspiration.

These three examples are firstly significant of the diversity of a catalogue largely turned toward contemporary production and moreover, significant of this universality within the world of theatre, a universality that is reflective of George and Ludmilla Pitoëff's personalities. They were of Russian origin, they settled initially in Switzerland, travelled the world, then undertook most of their career in France. As they were very integrated in the contemporary theatrical movement, their path remained voluntarily secluded and unsophisticated.

Georges Pitoëff can be associated to the hero of the play by Synge that he staged no later than 1918 that is: The Playboy of the Western World.


21st Congress


URL: http://www.sibmas.org/congresses/sibmas96/hels04.html


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Last modified - Dernière mise-à-jour: 19/01/2005